La cathédrale Notre-Dame d’Anvers, une révélation.

Les chapelles du déambulatoire

Les cinq chapelles rayonnantes et les six chapelles de chœurs tout autour du déambulatoire appartiennent à la première phase de construction de l’église gothique, qui commença vers 1351. Les premiers corbeaux sont fixés aux deux piliers-mère : un visage d’homme ainsi que Samson et le lion au sud, un visage d’homme au milieu d’un feuillage au nord. Les clés de voûte de certaines chapelles, et surtout du déambulatoire, portent des prophètes, datés entre 1387 et 1391. Ni leur nombre, ni leur emplacement, ni le texte sur leur banderole, disparue entre-temps, ne permettent de les identifier comme l’un des quatre Grands ou Douze Petits Prophètes. Un calvaire en pierre (fin du XIVe siècle), le plus ancien fragment de retable conservé de la cathédrale, a été excavé.

Quand, vers 1413, cette nouvelle partie est mise en service – en plus de l’église romane encore en vigueur – il est compréhensible que ce soient les groupements les plus en vue qui s’y installent. Parmi les confréries strictement religieuses, il s’agit tout d’abord de la Guilde de la Circoncision, qui s’est ensuite déplacée vers la chapelle plus large de la nef transversale nord (l’actuelle chapelle Saint-Antoine) précisément en raison de sa relique exceptionnelle. On y trouve également les plus anciennes milices, comme les Vieux Arbalétriers (dans l’actuelle chapelle Saint-Vincent), les Vieux Archers (dans l’actuelle chapelle Louis Frarijn, puis dans l’actuelle chapelle de la Déploration du Christ) et les jeunes Arbalétriers dans la chapelle Sainte-Barbe.

La décoration reste liée à la mode du temps. La première moitié du XVIe siècle se caractérise par des fresques murales sur fond rouge avec le « brocart pressé », relief décoratif à base de cire. L’incidence de la lumière, à la base de l’architecture des églises gothiques, est de moins en moins visible car les autels s’élèvent progressivement : au XVIe siècle, certainement après 1585 à cause des grands triptyques peints, au XVIIe siècle à cause des hauts autels portiques baroques.

Après le pillage par les révolutionnaires français, la douzaine de chapelles restent longtemps à l’abandon, jusqu’ à ce qu’au milieu du XIXe siècle elles sont réaffectées comme chapelles dévotionnelles. Ouvrant ainsi la voie à un réaménagement complet en style néo-gothique qui, en termes de décoration murale et plafond, retourne, dans la mesure du possible, aux anciennes traces de finitions décoratives. Hommage aux anciens utilisateurs de ces espaces est ainsi rendu, ce qui cadre avec les sentiments nationalistes de l’époque. Les catholiques rêvent encore longtemps d’une résurrection des guildes d’inspiration chrétienne, mais la réalité socio-économique du XIXe siècle ne le permet plus. La conséquence tangible est que les associations professionnelles ne sont plus demandeur d’un espace de dévotion, pas même pour leur ancienne chapelle. La seule initiative en ce sens, celle de la Guilde Saint-Luc, finit par échouer et ne peut être menée à bien que grâce à l’initiative privée d’un curé jubilatoire. Une chapelle funéraire au vrai sens du terme n’est légalement plus possible. C’est pourquoi certaines familles voudraient voir leur mémoire honorée par un ensemble complet de vitraux dans une même chapelle.

À l’occasion du choix d’un saint patron, certaines chapelles ont été ornées en vue de servir à la dévotion de ce saint : la chapelle Saint-Joseph en tant que saint patron de l’Église catholique en 1870,  de Saint-Vincent de Paul comme patron des œuvres caritatives catholiques en 1885, ou pour une béatification ou canonisation : le bienheureux Louis Fraryn en 1868 et Saint-Jean Berchmans en 1891.

Dans les turbulentes années 1960, le style austère et moderniste s’est imposé dans les églises par le renouveau du Concile Vatican II, et le néo-gothique triomphaliste, avec ses fantaisies colorées, tombe en disgrâce. Le déambulatoire et ses chapelles échappent de justesse à une épuration radicale. Après la restauration de 1998-2014, les chapelles et le déambulatoire resplendissent de nouveau dans leur gloire du XIXe siècle. Certains rêvent de donner à ces espaces une interprétation appropriée qui rendrait justice aux valeurs chrétiennes telles qu’elles sont vécues aujourd’hui.

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Antoine de Padoue – Vitrail Bourguignon (WS)

La Chapelle Saint-Antoine-de-Padoue

Anciennement la Chapelle de la Circoncision ou Chapelle de Jérusalem,
ou encore Chapelle des Rois Mages des magistrats de la ville

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Antoine de Padoue (WS)

Après l’achèvement du transept nord, la chapelle Saint-Antoine de Padoue qui le jouxte est construite de 1494 à 1499: un espace supplémentaire qui s’écarte de la conception originale du plan cruciforme. Un espace extra large également, destiné à l’autorité municipale, qui partage le prestige de cette chapelle avec « les chevaliers de Jérusalem », les pèlerins rentrés de Terre Sainte. Parce que les briques de la voûte présentaient beaucoup d’irrégularités, une imitation  de brique plus nette est obtenue grâce à une couche de peinture par-dessus.

L’importance du port est évidente jusque dans la chapelle des magistrats municipaux. À Anvers, la English Company of Merchant Adventurers était chargée de l’importation de draps semi-finis en laine pour les faire  » préparer  » par les fabricants de draps, les tondeurs à sec. Leurs membres ont été privilégiés par leur propre jurisprudence ainsi que par l’exonération des droits d’accise sur la bière et le vin. À deux pas de cette chapelle, la ville leur donna un immeuble qu’ils agrandirent pour en faire un marché partiellement couvert : la « maison Anglaise ». Ce n’est pas un hasard si la première bourse a été construite dans leur quartier. C’est la raison pour laquelle la Wolstraat (Rue de la Laine) de l’époque s’appelait communément « Rue d’Angleterre » et qu’en 1531, elle reçut la dénomination ‘Oude Beurs’ (Ancienne Bourse) qui vaut toujours. Henry VII accorda aux marchands une protection royale en Angleterre. Les deux vitraux de 1503 rappellent l’Intercursus Magnus, l’important traité commercial conclu par les souverains de Bourgogne et d’Angleterre en 1496. En raison de leur résiliation par les Merchant Adventurers, partis pour Bergen-op-Zoom, les nouveaux privilèges avec lesquels la municipalité d’Anvers les attira en 1502 furent la cause directe de l’installation de ces vitraux.

Chacune des deux parties est immortalisée dans un vitrail, le couple de souverains concerné étant assisté par leurs patrons (sauf Henri VII d’Angleterre). Ils se caractérisent par leurs armoiries, leur devise et leurs initiales couronnées liées par un arc d’amour.

Sur le vitrail bourguignon, à gauche, se trouve Philippe le Bel avec Jeanne I de Castille (« La Folle »). Au-dessus leur pays est représenté par les saints patrons : André pour la Bourgogne et Jacques pour l’Espagne.

Sur le vitrail anglais, à droite, se trouve le roi Henri VII de Lancaster avec la reine Elisabeth d’York, respectivement sous le patronage du saint patron d’Angleterre, saint Georges, et de sa propre patronne, la généreuse Elisabeth de Hongrie. Deux saints rois d’Angleterre sont également représentés sous la forme d’une statue de niche. Juste derrière le roi se trouve Saint Henri VI, derrière la reine Edouard le Confesseur. Le mariage de ce couple royal mit fin à la terrible Guerre des Roses entre les deux maisons royales et fonda la dynastie des Tudors. L’encadrement devrait logiquement y faire allusion en alternant deux symboles de la nouvelle dynastie : la rose Tudor rouge-blanc et la ‘palissade Tudor’. Cependant, la restauration du XIXe siècle a remplacé à tort la rose Tudor rouge-blanc par la rose rouge des Lancaster. En bas, les armoiries des marchands sont présentées par deux chevaux bondissants comme porte-armoiries.

Mais en fait, la chapelle devait d’emblée être le digne lieu de culte de la relique municipale, dont le transfert n’a lieu qu’en 1513. Difficile à croire aujourd’hui, mais les Anversois médiévaux pensaient qu’ils possédaient une des plus importantes reliques du christianisme : le prépuce de Jésus (préputium Domini). Car le Messie n’avait-il pas été circoncis selon les préceptes juifs le huitième jour de sa vie ? La légende raconte que le joyau précieux était un cadeau du margrave d’Anvers, Godedroy de Bouillon, le célèbre croisé qui en 1099 à Jérusalem accepta le titre de « protecteur du Saint Sépulcre », et qui aurait aussi fait don du « Saint Sang » (du Christ) à Bruges. Ce n’est pas un hasard si la prétendue relique de la circoncision, qui symbolisait le catholicisme avec ses dévotions commercialisées, fut perdue pendant la période agitée de l’Iconoclasme en 1566.

Après la restauration du culte catholique en 1585, la chapelle fut consacrée aux trois Rois Mages. Tout comme dans les statues surmontant l’autel, les trois Sages, agenouillés, présentaient leurs offrandes à l’enfant Jésus, les magistrats de la ville venaient ici le jour des Rois Mages offrir trois lourds cierges de cire. Peut-être que cette dévotion explique aussi le choix du thème L’adoration des sages que Rubens était tenu de développer lors des négociations de la Trêve de Douze Ans en 1609 destiné à la Salle d’Apparat de l’hôtel de ville d’Anvers : (Madrid, Museo Nacional del Prado).

Bien que la relique ait disparu, ce lieu de prière porte le nom de « Chapelle de la Circoncision ». Sur l’autel figurait, depuis 1590, La Déploration du Christ, chef-d’œuvre dramatique de Quentin Metsys (1509-1511), que la mairie avait acheté aux charpentiers en 1577 sur les conseils de Maarten de Vos, afin qu’il ne quitte pas Anvers.  Jusqu’à l’installation de La Descente de la Croix de Rubens, ce triptyque monumental était considéré comme l’œuvre la plus en valeur de la cathédrale, ainsi qu’il ressort d’un récit de voyage autrichien de 1606. Après 1798, cette œuvre d’art exceptionnelle aboutit au KMSKA via le musée de l’Académie. Avec les vitraux hauts en couleurs à l’est du transept nord on aimait à se rappeler cette relique au XVIIe siècle : outre la circoncision de Jésus (1615), le donateur Godefroy van Bouillon, fondateur du Chapitre Saint-Michel (1616), y figure.

En 1806, l’élégante statue dévotionnelle baroque de saint Antoine de Padoue (Artus II Quellinus, seconde moitié du XVIIe siècle) de l’abbaye désaffectée des Frères Mineurs, fut confiée à l’église principale de la ville. La dévotion à ce saint, dont la popularité grandit rapidement au XIXe siècle, trouva sa place dans cette spacieuse chapelle. En main, il tient l’évangile qui a été la source d’inspiration pendant sa vie. Il évoque également l’histoire d’un livre d’étude volé  rendu anonymement au saint par le voleur, ce qui a donné lieu à faire de lui le saint patron des objets perdus.

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Antoine de Padoue – Vitrail Anglais (WS)

La Chapelle du Sacré-Cœur-de-Marie

Anciennement Chapelle Saint-Antoine-l’Ermite,
et Chapelle Saint-Hubert des chasseurs

A partir de ce moment, la guilde de Saint Antoine-l’Ermite occupe cette chapelle qu’elle partage avec la guilde Saint Hubert entre plus ou moins de 1587 à 1797. Maarten de Vos peint en 1594 pour leur autel un tableau qui emprunte le thème très populaire des tentations de Saint-Antoine (Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers). Les séduisants fantasmes qui, sous forme de démons extravagants, mi-animal, mi-homme, ne lâchent pas l’ermite égyptien (251-356) ils l’emmènent dans les airs, ont sans aucun doute retenu l’attention du visiteur – avec un effet salutaire, espérons-le.  Deux diables défiant le vieil Antoine forment le thème de la clé de voûte datant de la fin du XVème siècle

La paire de burettes en argent, une création d’un baroque tardif de Norbert Lesteens (1669), appartenant à ces deux guildes, est exceptionnellement préservée. Sur la burette de vin, les angelots pressent le raisin, sur celle de l’eau, les angelots saisissent un serpent de mer. Même les anses des burettes sont décorées! Sur le rebord du plateau assorti, les deux saints Antoine, tout comme sur le triptyque de l’autel, occupent le plus grand espace.

Ce qui est encore plus exceptionnel, c’est la façon dont le reliquaire en argent de Saint-Hubert (vers 1525), de style gothique tardif, a survécu à tant de périodes troublées. Vers 1820, il est transféré à l’église Saint-Charles Borromée. Lors de la messe annuelle de la guilde de Saint-Hubert, les croyants honorent encore la relique. Ce saint conserve ainsi son rôle de médiateur entre croyant et Dieu.

En 1888, Jan-Baptiste De Boeck et Jan-Baptiste Van Wint livrent le retable néo-gothique en bois pour la dévotion du Sacré Cœur de Marie, qui se tient alors dans cette chapelle. En mémoire des dévotions antérieures, les statuettes des saints Antone l’Ermite et Hubert couronnent chacune un panneau. En dessous de la figure centrale de Marie on s’adresse à elle avec ‘Sainte Marie, refuge des pécheurs, priez pour nous’. Pour souligner son rôle de médiatrice envers Dieu, elle est encadrée par le Calvaire et la Pietà, scènes qui représentent sa compassion comme une participation à la souffrance salvatrice de Jésus. Au-dessus, nous voyons les deux scènes de conversion les plus frappantes du Nouveau Testament avec Marie-Madeleine (Lc. 7:36-50) et Paul (Act. 9:4). Sur les volets il y a seize saints qui se sont relevés d’une vie de péchés par leur foi dans Christ et leur dévotion à Marie.

La Chapelle Saint-Vincent-de-Paul

Anciennement Chapelle Saint-Georges de l’Ancienne Guilde des Arbalétriers
les deux saint Jean des menuisiers

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Vincent-de-Paul (WS)

À partir de la fin XIVe ou du début du XVe, la clé de voûte nous prouve que l’Ancienne Guilde des Arbalétriers, la plus ancienne des six milices anversoises fondée en 1306, possédait une chapelle dédiée à saint Georges dans la partie la plus ancienne de la nouvelle église gothique. Le valeureux saint patron se tient avec bouclier et épée sur le dragon abattu. Remarquez l’originalité ludique de la queue du dragon qui serpente autour du tronc d’un arbre. Auparavant la guilde disposait d’une chapelle dans les champs de tirs au sud de la ville, là où viendra l’église Saint-Georges.

La peinture sur la voûte qui arbore fièrement l’emblème de l’arbalète et les armoiries héraldiques de la guilde, date de 1566, mais elle a été entièrement reconstituée en 1898. Les emblèmes de la décoration murale témoignent également de l’intérêt du XIXe siècle pour sa propre histoire.

En 1590, après le transfert de la guilde des Arbalétriers vers le transept, les charpentiers occupent la place. Ils n’y ont pas laissé de traces, mais heureusement leur triptyque baroque de Hendrik van Balen de 1622 a été conservé.

En 1895, une famille désire honorer le souvenir de leur sœur décédée, qui avait consacré sa vie à des œuvres de bienfaisance. C’est pourquoi la chapelle est dédiée à saint Vincent de Paul (1581-1660), modèle de charité chrétienne. A partir des années 1840, ce saint français est connu en Belgique grâce à l’action caritative de la Société Saint-Vincent-de-Paul dans de nombreuses paroisses. Le siège de la Société Saint-Vincent-de-Paul pour la région d’Anvers se trouve depuis 1856 à la Kammenstraat, aujourd’hui siège de la communauté Saint-Égide.

Le sculpteur Jan Baptist van Wint est chargé de la partie médiane du retable (1898), qui s’articule autour de « Monsieur Vincent », très reconnaissable à sa physionomie à la barbe en collier et le nez pointu, la toge du prêtre et la calotte. Il porte un enfant nu sur le bras, une référence à l’œuvre de miséricorde ‘‘vêtir ceux qui sont nus’’. Entourant ce groupe de sculptures, Vincent est le personnage principal des six autres œuvres de miséricorde : à gauche, libérer les prisonniers et enterrer les morts en-dessous ; à droite, rendre visite aux malades et accueillir les étrangers en dessous. Sur la prédelle en bas, on trouve les œuvres les plus citées : nourrir les affamés et abreuver les assoiffés. Vincent est assisté par les membres des congrégations fondées par lui, l’une fois les frères Lazaristes, l’autre les Filles de la Charité, les sœurs populaires aux larges capes, plus connues sous le nom de « religieuses volantes ». Ces sœurs étaient également actives à Anvers, entre autres depuis 1875 à l’hôpital Saint-Vincent. Sur les volets peints de la prédelle (Jan Antony, 1897) sept anges avec un banderole nomment les sept œuvres. Le choix des saints sur les volets (également par Jan Anthony, 1897) est en partie inspiré par la renommée de leur dévouement caritatif, en partie par les saints portant le nom du défunt.

Sans doute ce sont les Filles de la Charité de Saint Vincent de Paul qui ont vécu une dévotion la plus intensive vis-à-vis de ce saint représenté sur ce retable  que tous les autres paroissiens.  Au XXe siècle, ces religieuses étaient responsables de l’école paroissiale pour filles, située à la rue Reynders avec sa : ‘‘section tâches ménagères’’, celle ‘des soins à domicile’’ était située, à l’arrière  de celle-ci, dans la rue du Saint-Esprit.

Les « œuvres de miséricorde » (Mt. 25:31-46) demeurent le fondement qui incite inlassablement les chrétiens à s’engager envers leurs semblables dans le besoin, quoique chaque fois dans des circonstances sociales différentes. A l’heure où les limites des paroisses s’estompent, des initiatives d’accueil social telles que les Loodsen, l’Œuvre des sans-abris et la communauté de Saint-Égide prennent cette tâche sur eux.

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Joseph : Renaissance (MD)
Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Joseph : La Sainte Famille dans l’atelier (MD)

La Chapelle Saint-Joseph

Anciennement salle du chapitre, Chapelle Sainte-Ursule

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Joseph (WS)

Au XIVe siècle, la première travée de l’actuelle chapelle Saint-Joseph, qui donne sur le déambulatoire nord, forme encore une chapelle longitudinale distincte. Côté nord, un mur l’isole de la salle capitulaire gothique, qui couvrait alors les deux travées nord de l’actuelle chapelle. Pour se réunir, la lumière du jour est souhaitable, mais lors de la construction de la chapelle de la Circoncision, les fenêtres à l’ouest ont été maçonnées.

La dévotion d’origine dans l’ancienne chapelle longitudinale ne peut plus être retracée, mais on peut s’imaginer comment les chanoines allaient du chœur à la salle capitulaire. Il n’est pas impossible que la clef de voûte ‘‘Moïse et les deux tables de la loi » (les Dix Commandements) soit liée aux assemblées capitulaires, où les textes juridiques ecclésiastiques donnent la direction à suivre.

Une fois le lieu de réunion transféré au sud du chœur, la salle capitulaire libérée est transformée en chapelle en l’honneur de sainte Ursule. Les frais sont intégralement portés par le très motivé chanoine Gaspar Van den Cruyce, qui rapporta de Cologne les reliques de cette martyre. Cependant, peu avant l’inauguration de la chapelle en 1593, le chanoine de 40 ans à la santé fragile décède.  Il est inhumé devant l’autel, qui se dresse exceptionnellement contre la paroi nord. La même année, sa famille fait agrandir la chapelle en rasant le mur nord de la chapelle voisine. Une fresque murale (1593) en grisaille est reproduite dans tout l’espace. Dans les deux frises, il y a une simple croix comme emblème familial. L’ensemble se compose de vastes motifs grotesques composés d’oiseaux, de quelques chiens et d’anges avec un luth. Les piliers de la travée attenante du déambulatoire ont également été inclus dans ce genre  de décoration. Le triptyque d’autel anonyme avec Le Calvaire servait d’épitaphe significative du chanoine qui figure sur le volet gauche intérieur (droite iconographique). Sur le panneau de droite se trouve sainte Ursule, tandis que le saint patron du bienfaiteur apparaît sur les volets extérieurs qui, ensemble, forment l’adoration des Mages. En 1798, le triptyque fut vendu mais au début du XIXe siècle, il fut rendu à l’église. Il est maintenant suspendu dans le déambulatoire nord près de la chapelle. Immédiatement après que le Pape Pie IX, lors du Concile Vatican I en 1870, eut proclamé Saint Joseph patron de l’Église, cette ancienne chapelle fut consacrée au père nourricier de Jésus et, deux ans plus tard, l’espace presque entièrement réaménagé fut consacré. Dans la niche centrale du retable, sculpté par Jan-Baptiste De Boeck et Jan-Baptiste Van Wint en 1871, figure la statue de saint Joseph avec l’enfant Jésus sur le bras. Autour d’elle, sept séquences polychromes dépeignent une scène de sa vie, dont la plus marquante est celle où le jeune Jésus apprend le métier de son père nourricier : Jésus, agenouillé, tient un compas et regarde Joseph, qui rabote à son établi. Tandis que derrière Joseph est accrochée au mur une étagère portant des outils de menuisier, celle derrière Marie porte évidemment des livres. La mère de famille représente le travail plus intellectuel, contemplatif et éducatif : elle prie à partir d’un livre, ce qui ne l’empêche pas de surveiller son enfant grandissant

Les volets peints de Louis Hendrickx (1873), frappantes par leurs détails étonnants et les tons chauds du textile, illustrent en haut le patronage de saint Joseph : à gauche (droite iconographique) le pape Léon le déclare patron de l’Église, à droite le roi Charles II d’Espagne lui dédie en 1679 les Pays-Bas du Sud. En 1870, la découverte d’une rosace colmatée conduit cette même année à la mise en place d’un vitrail remarquable par August Stalins & Alfons Janssens, d’après un dessin de Louis Hendrickx : L’arbre de Jessé, dans lequel la descendance de Joseph se réduit aux principaux ancêtres du Christ et remonte au roi David. De lointains parents du chanoine Van den Cruyce ont ensuite fait don des vitraux Les Saints Jules et Victoria (1872) et Les Saints Ursule et Gaspar (1873). Le fait que les couleurs vives de l’atelier parisien Edouard Didron obscurcissent la chapelle est d’emblée une source de critiques.

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Joseph : Chanoines sous une console (MD)
Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Joseph : l’Arbre de Jessé (WS)

La Chapelle Saint-Luc

De la guilde des artistes

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Luc (WS)

L’attribut du saint évêque sur la clé de voûte est si indiscernable que nous ne pouvons pas l’identifier. Nous en sommes donc réduits à deviner la destination la plus ancienne de cette chapelle.

L’association anversoise des peintres et autres artistes, fondée en 1382 et certainement connue depuis 1454 sous le nom de Guilde Saint-Luc, est probablement la première guilde professionnelle à avoir obtenu, en 1434, une chapelle complètement personnelle – un honneur qui sera revendiqué plus tard par les tisserands de lin. La chapelle Saint-Luc est d’ailleurs la seule de toutes les chapelles du déambulatoire à avoir conservé sa fonction initiale.

Se heurtant à l’obstination de son doyen, Adam van Noort, la commande du retable définitif Saint Luc portraitant Marie et l’Enfant ira à Maarten de Vos, un de membres les plus renommés de la guilde Saint-Luc. Pour lui, cette réalisation en 1602 est probablement l’une des plus prestigieuses de sa longue carrière puisque le retable était représentatif de la guilde des artistes. La scène, qui se déroule plus dans un palais que dans un atelier de peintre, présente tant les aspects techniques qu’intellectuels du métier d’artiste. De Vos achève encore les prédelles, mais après son décès en 1603, l’exécution des panneaux doit être confiée à Otto van Veen et Ambrosius Francken. Lors de la transformation en autel portique plus en vogue vers 1754, les panneaux furent dispersés, mais à nouveau réunis grâce à la confiscation française, et finirent par se retrouver au Musée Royal des Beaux-Arts d’Anvers.

En 1648-1649, les vitraux ont été renouvelés. Le doyen de la guilde, le célèbre imprimeur Balthasar Moretus, finance le vitrail central avec les armoiries de la guilde. Les jurés de la corporation des verriers offrent les deux vitraux latéraux.

À l’époque baroque, la balustrade de marbre contient cinq bougeoirs (Peter Ier Verbrugghen, 1657-1658) en forme d’ange, chacun représentant les arts les plus importants de la guilde : la peinture, la sculpture, l’architecture, la poésie et l’imprimerie. Malheureusement, cette œuvre d’art originale disparut sous le régime révolutionnaire français.

Seuls quelques artistes trouvèrent leur dernière demeure dans la chapelle de leur guilde : à côté de Maarten de Vos, entre autres le graveur sculpteur Philip Galle (? 1612), le peintre Cornelis de Vos (? 1651) et le sculpteur Peter Ier Verbrugghen (? 1686). Cependant, leurs pierres tombales ont disparu.

Supprimée en 1795, rétablie en 1808, la Guilde Saint-Luc célèbre son 400e anniversaire en 1854 avec un gigantesque ‘Landjuweel’ (tournoi de rhétorique) et l’inauguration d’un autel dans son ancienne chapelle. C’est la seule réalisation de la commission spéciale « pour le rétablissement de l’autel de la Guilde Saint-Luc dans l’ancienne cathédrale d’Anvers ». Apparemment, les revenus de l’exposition de peintures anciennes dans la maison de la Province (l’actuelle résidence épiscopale) l’année suivante ne suffisent pas pour donner le dynamisme et les finances nécessaires.

Il faudra attendre jusqu’en 1892, date à laquelle les vitriers décident d’offrir eux-mêmes un vitrail. La Chapelle Saint-Luc, seule chapelle du déambulatoire à ne pas être réaménagée à cette époque, offrait à l’atelier des verriers Stalins-Janssens l’occasion de s’immortaliser dans la cathédrale avec son propre vitrail à l’occasion de son 25e anniversaire, quatre ans plus tôt. C’est pourquoi saint Augustin et saint Alphonse de Liguori, les patrons des deux vitriers flanquent Luc. Si, vue de près, la partition de l’ange, situé en haut à droite, semble réelle, elle est pourtant  purement fantaisiste. Ce n’est pas une composition.

Le même atelier produisit également les deux vitraux latéraux avec le noms de saints, également à la demande de la Fabrique d’église dans des grisailles monochromes afin de ne pas rendre la chapelle trop sombre, à gauche en souvenir de Carolus Ludovicus Borre et Carolina Julia Smekens, à droite à l’initiative d’Émile Dumont pour des membres de sa famille décédés.

Lorsque Mgr Peter Josephus Franciscus Sacré célébra également en 1893 le 25e anniversaire de sa charge de curé-doyen, il fit ériger un autel en l’honneur de saint Luc grâce aux dons des croyants du doyenné. Pour ce prêtre diligent, c’est plus qu’un simple regard nostalgique sur un passé glorieux, c’est une incitation symbolique, dans le sillage des guildes d’antan, à contribuer de fonder, deux ans plus tard,  l’Alliance des syndicats chrétiens d’Anvers et Environs (l’actuel Beweging.net). Tout l’habillage de la chapelle est conçu et dirigé par l’architecte Frans Baeckelmans de 1892 à 1894.

 Le retable symétrique (Albrecht de Vriendt, 1893) dégage une atmosphère de romantisme pieux. Le thème traditionnel de Saint Luc dépeignant la Madone à l’Enfant a évolué vers  Marie qui est honorée par les arts. Sur un imposant trône de marbre néo-roman, Marie et l’enfant Jésus se tiennent au milieu d’un jardin clos fleuri  de pommiers en fleurs et de nombreuses espèces de fleurs telles que des lis, des roses, des coquelicots. Le « jardin clos » est emprunté au Cantique des Cantiques (4:12) et symbolise l’Immaculée Conception de Marie. Avec l’ancienne devise de la ville « Fortunata Antverpia » au dos du trône, Anvers se félicite d’avoir Marie comme patronne de la ville. Par conséquent, le peuple anversois la glorifie avec les arts. La cathédrale Notre-Dame à droite, en arrière-plan, représente non seulement l’église du Jubilaire, mais aussi l’architecture qui honore Marie. Les anges chantants et jouant du violon rendent un hommage musical. Les armoiries de la guilde de Saint-Luc et de la chambre de rhétorique « de Violieren », qui flanquent le trône, représentent la section des arts plastiques et littéraire-musical au sein de la guilde.

Sur le panneau de gauche,  le jubilaire Mgr Sacré, à genoux et en prière à l’intérieur de son église, est soutenu par saint Joseph et sur le volet de gauche par ses deux autres homonymes : François d’Assise et l’apôtre Pierre.  Sur l’autre volet, Thomas d’Aquin et Jérôme décrivent le jubilaire comme un homme d’étude théologique.

Un an plus tard, suivent les peintures des murs et des voûtes de Jan Baetens. La peinture reconstituée sur la voûte est une interprétation des anges d’antan. Au sommet des parois latérales, figurent les armoiries des mécènes et des artistes anversois. Au bas du mur, sur fond rouge, dans le grand blason expressif de la guilde  Saint-Luc, se trouve encore trois écussons non enluminés dans lesquels se trouvent les mots ‘à peindre’. Au-dessous, le bouquet de fleurs jaunes (« violettes ») fait référence à la chambre de rhétorique ‘de Violieren’, qui a rejoint la guilde en 1480. La guilde  Saint-Luc adopta son slogan littéraire : »Uut jonsten versaemt » (« réunis par affection »). Depuis lors, il a fait allusion à tous les métiers unis dans la guilde.  Enfin, notez ce dernier détail la façon dont les carrelages bleus alternent avec les blancs marqués d’initiales néo-gothiques ‘SL’.

La Chapelle Saint-Jean-Berchmans

Anciennement Chapelle Saint-Thomas des fourreurs

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Saint-Jean-Berchmans (WS)

Sur la clé de voûte, un prophète enturbanné, en buste, tient une banderole de ses deux mains. Au début du XVIe siècle, la corporation des pelletiers reprend la chapelle Saint-Thomas. Plus tard, la corporation des ouvriers travaillant la peau d’agneaux fut fondée au sein de celle  des pelletiers, Jean-Baptiste étant leur saint patron, il  avait désigné Jésus comme étant l’Agneau de Dieu. Par conséquent, après l’iconoclasme, sur le retable de Maarten de Vos (1574) l’espace se devait d’être divisé équitablement entre les deux saints patrons : sur le panneau central, l’incrédulité de Thomas, sur les volets : le baptême du Christ et la décollation de saint Jean-Baptiste. Via l’École Centrale, le triptyque s’est retrouvé au KMSKA.

Théophile Smekens, juge, longtemps président de la Société Royale pour la Promotion des Beaux-Arts d’Anvers, et co-fondateur de la Société Saint-Vincent à Anvers, fit installer deux vitraux par son ancien camarade de classe, Jean-Baptiste Bethune. En premier lieu à gauche en mémoire de son défunt père Charles (‘Carolus’) († 1861) ensuite à celle de ses première et deuxième épouses. Enfin, à droite pour son frère Louis (1868). C’est par coïncidence qu’ils ont été conçus comme un pendant aux vitraux que Bethune avait placés quelques années auparavant dans la chapelle Sainte Barbe en face. Enfin, en 1887, Théophile Smekens chargea August Stalins et Alfons Janssens, de lui fournir un vitrail en honneur de sa sœur Carolina Julia, de son frère décédé Emilius († 1869) et, …pour lui-même. Avec Saint Théophile – placé plus haut sur la lancette centrale – le commanditaire peut encore profiter de sa  »commémoration’’ pendant plus de 30 ans, jusqu’au moment où il rend lui-même l’âme en 1921.

La canonisation exceptionnelle d’un Flamand par le pape Léon XIII en 1888 est la cause directe de la nouvelle consécration de la chapelle au saint patron des jeunes étudiants flamands. L’habillement de la chapelle est dessiné par Adolphe Kockerols et exécutée par l’architecte Frans Baeckelmans. Cette fois-ci, la famille Legrelle prendra sur elle tous les coûts, ce qui lui donne l’occasion d’associer son nom à la cathédrale. La chapelle a été consacrée en 1891.

Les fresques murales de Jan Baetens et le retable de Piet van der Ouderaa, permettent de parcourir la courte vie de Jean Berchmans.  Le mur de gauche abrite les armoiries des communes où il résida, le mur de droite, celles des papes titulaires de son vivant ainsi que celles des personnes qui contribuèrent à sa canonisation.

À l’arrière-plan de Jean Berchmans décédé, le retable raconte quelques scènes de sa vie. Jean est enfant de chœur dans l’église principale de Diest, réduite ici en chapelle de plein air par manque de place. Au moment où il enseigne pendant son noviciat à Malines le catéchisme aux enfants des paroisses extérieures le dimanche, il porte la soutane des jésuites.  C’est à pied qu’il part d’Anvers, accompagnés de quelques confrères, pour se rendre – à pied via Loreto –  à Rome dans le but de continuer ses études : lorsqu’il aperçoit la basilique Saint-Pierre dans le lointain, Jean s’agenouille débordant de joie.  Après son dernier examen de philosophie, il tombe gravement malade et meurt le 13 août 1621, ayant à peine 22 ans. Le jour de sa mort, beaucoup viennent le saluer une dernière fois. Catarina da Recanati qui était aveugle, guérit au contact du corps : c’est le thème principal du panneau central.

Bien que le style du tableau appartienne au réalisme historique, l’intérieur imaginé d’une loggia romaine n’a rien de commun avec l’église baroque de San Ignazio ou avec la sacristie où repose son corps. Le reflet dans les chandeliers fait appel à l’imagination.

Les volets montrent les saints patrons et les armoiries d’Henri Le Grelle  († 1872) et de sa lointaine cousine Marie-Thérèse Julie Le Grelle († 1888), qu’il avait épousé. Quelle que soit la tentation d’y trouver toutes sortes d’interprétations édifiantes, les lettres « A A A » ne proviennent pas de la famille Le Grelle, mais bien d’une famille apparentée par alliance dont, somme toute, l’explication reste à trouver.

La prédelle nous montre le Christ au milieu des douze apôtres. Placé au-dessus du retable  le reliquaire qui a perdu de sa dorure, renferme un fragment d’un vêtement du saint.

La Chapelle de la Déploration-du-Christ

Anciennement Chapelle Saint-Martin des débiteurs de vin

Cathédrale d’Anvers – La chapelle de la Déploration-du-Christ (MD)

Traditionnellement, la chapelle la plus orientale, par où la lumière du soleil pénètre dans l’église, est consacrée au « Christ, la Lumière du monde », ce qui est également souligné ici par le relief sur la clé de voûte : le Christ Sauveur, qui bénit le monde. La chapelle est traditionnellement dédiée à Marie, qui donna au Christ la lumière du jour.

À cet endroit, depuis une centaine d’années, les enfants de chœur vénèrent chaque soir Marie avec une antienne. Tout au long de l’année, c’est le Salve Regina (Salut Reine), qui était aussi le nom de la confrérie à l’époque. Mais avec la nouvelle guilde « Louange à Notre Dame », fondée en 1478, l’hommage à Marie se déroule de plus en plus souvent dans la grande chapelle mariale du collatéral nord.

À partir de 1476, la chapelle est utilisée par l’Ancienne Guilde des Archers jusqu’ à ce que, à la demande du Chapitre en 1590, elle se déplace vers le transept sud. À leur place vient la guilde des Débitants de Vin qui en 1597 commandent Les Noces de Cana auprès de Maarten de Vos.

En 1866-1867, cet espace est réaménagé en style néo-gothique comme chapelle de la Déploration-du-Christ, synonyme de Pietà : la statue attribuée à Artus II Quellinus, y occupe une place centrale. Avec de larges gestes, un regard douloureux tourné vers le ciel, Marie exprime son chagrin auprès du corps sans vie de son Fils. Toutefois, la statue en bois de style haut baroque a été polychromée dans un style néo-gothique.

Les trois vitraux aux couleurs vives (Jean-Baptiste de Bethune, 1866) illustrent la vie de Jésus, en mettant l’accent sur la Passion (à gauche et au centre) et Sa glorification (à droite). La première scène, La présentation de Jésus au temple, dégage le thème de l’ensemble : le vieux Siméon annonce que Jésus est la lumière du monde et prédit en même temps  la souffrance de Marie (Lc. 2:25-35).

Les fresques murales conçues par François Durlet, 1861, exécutées par Jan Baetens six ans plus tard, sont les plus anciennes en style néo-gothique dans les chapelles du chœur. Ils comportent les emblèmes des anciens utilisateurs. À gauche : flèches croisées et un gant Pour les Anciens Archers. À droite : un pressoir à vin et une grappe de raisins pour les débiteurs de vin, basé sur une fresque similaire datant de 1597. Des chardons et des fleurs de la passion courent sur les parois latérales, symbolisant la couronne d’épines de Jésus, et où les trois pistils de la fleur de la passion évoquent les trois clous de la croix.

Faisant suite à la scène de la Pietà, il y a une statue en pierre blanche de Jan Baptiste De Boeck et Jan Baptiste Van Wint, dans la niche à gauche de l’autel du Christ au tombeau.

La Chapelle Sainte-Barbe

Anciennement Chapelle Saints-Crépin-et-Crépinien des cordonniers

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Sainte-Barbe (MD)

Depuis sa fondation en 1485, la Jeune Guilde des Archers avait probablement sa place ici, jusqu’à ce qu’elle s’installe dans la nef principale vers 1595. Par la suite, la corporation réunissant les tanneurs et les cordonniers s’en sert, mais depuis la scission en 1682, les tanneurs tiennent leurs services dans la chapelle de l’hôtel-Dieu dans la Huidenvettersstraat (Rue des Tanneurs). Sur son autel dans la cathédrale, cette corporation demande à Ambrosius Ier Francken de mettre en évidence ses saints patrons Crispinus et Crispinianus, qui non seulement travaillaient pour les pauvres et proclamaient la foi chrétienne, mais qui étaient eux-mêmes des cordonniers. Le panneau central, avec leurs tortures férocement exagérées, a été revendiqué par l’occupant français et s’est retrouvé au Musée royal des Beaux-Arts. Les volets, qui ont été enlevés vers 1674 pour loger le panneau central dans le nouvel autel-portique baroque, restent en possession de la corporation des cordonniers et, depuis le Concordat de 1802, elles sont conservées dans l’église Saint-Charles-Borromée, où se déroule encore toujours la messe annuelle de la corporation.

La statue polychrome baroque tardive de sainte Barbe par Jacobus II van der Neer (1826) a été réalisée à l’occasion de la dédicace de la chapelle à cette sainte, martyre et patronne contre la mort inopinée. La fondation de la confrérie en son honneur en 1877 conduit à la restauration de la chapelle, conçue par l’architecte Frans Baeckelmans (1889-1891), dont un triptyque peint par Jean-Baptiste Anthony (1891). Le panneau central raconte la légende de sainte Barbe. Au milieu se trouve la jeune et superbe fille du roi, en riches atours, avec ses attributs : l’épée du martyre et la tour dans laquelle elle était enfermée par son père et dans laquelle elle avait symboliquement fait percer une troisième fenêtre en l’honneur de la Trinité, le noyeau central de la Foi chrétienne. Sur la table de gauche, elle reçoit l’enseignement chrétien d’Origène, à la grande colère de son père qui n’accepte pas sa conversion. Notons que le crucifix dans les mains du maître chrétien est une représentation fidèle de la croix du Triomphe néo-gothique de la cathédrale. La tour de l’église gothique en construction dans le paysage à l’arrière-plan peut être qualifiée de représentation naturaliste ludique de son attribut le plus personnel. Sur le volet de droite, le père s’apprête à la décapiter lui-même avec son épée. Sur la prédelle, le Christ est flanqué des quatre évangélistes. Les volets montrent les saints patrons des donateurs de la famille Lombaerts : à gauche sainte Cornelia et saint Jacques, à droite saint Joseph et saint Jean-Baptiste.

Avec la pierre commémorative en marbre blanc (Jozef Geefs, 1852, d’après un projet de François Durlet) la Société pour la Promotion des Beaux-Arts rend hommage à son président Franciscus-Antonius Verdussen (? 1850), échevin, député et depuis 1839 également président de la fabrique d’église. En 1815, il fut membre de la délégation qui se rendit à La Haye pour faire valoir que les tableaux qui revenaient de Paris mais qui étaient retenus à Bruxelles devaient revenir à Anvers. Les vitraux montrent les saints patrons des donateurs. Celui de gauche est réalisé par Jean-Baptiste Bethune en 1864, celui du milieu et de droite par l’atelier August Stalins et Alfons Janssens en 1889-1890.

Chapelle du bienheureux Louis Frarijn

Anciennement Chapelle des Quatre Saints couronnés des maçons,
tailleurs de pierre et couvreurs d’ardoises

Cathédrale d’Anvers – La chapelle du bienheureux Louis Frarijn (WS)

À partir de 1389, cette chapelle abrite la précieuse relique de la Circoncision jusqu’ à ce que la nouvelle Guilde de la Circoncision, fondée en 1427, déménage vers la chapelle suivante.

Le Calvaire ornant le mur rappelle la Confrérie de la Sainte-Croix, qui partage ici l’autel jusqu’en 1492.

Que ces deux dévotions trouvent leur emplacement à cet endroit n’est pas une coïncidence.  En effet, le côté sud qui  jouit d’une température plus clémente symbolise l’amour de Jésus décidé au sacrifice absolu de sa vie. Le culte de l’Ancienne Guilde des Archers se tenant également ici jusqu’en 1476, son saint patron, Sébastien, est représenté sur la cène du Calvaire.

En dessous, la peinture murale avec les armoiries de la famille Bode rappelle l’assassinat de l’huissier Jan Bode en 1389. Une convention de réconciliation a été conclue entre les parents proches de la victime et les meurtriers, appelée en raison de son rituel  « mondzoen » (Werhgeld, Prix de l’homme) ou argent de la paix dans la justice germanique ancienne). Les assassins Jan et Nicolaas van Wyneghem et Jan Winken eurent l’obligation d’instaurer une messe perpétuelle pour la paix de l’âme de Jan Bode.

Ensuite la chapelle appartient uniquement à la corporation des maçons, tailleurs de pierre et poseurs d’ardoises, en somme à une partie importante du secteur de la construction.  Leurs saints patrons sont les Quatre Couronnés : quatre martyrs romains qui ont eux-mêmes pratiqué cette profession. Le triptyque avec Leur ouvrage, Leur refus de fabriquer une idole et Leur condamnation, une œuvre de Frans II Francken de 1598, se trouve au KMSKA.

L’inoccupation de cette chapelle depuis  le régime révolutionnaire français  en 1798 prit fin en 1868 lorsque l’espace fut consacré à Louis Frarijn, alias Ludovicus Flores, fraîchement béatifié par le pape Pie IX. Sur l’autel repose un grand reliquaire, qui ressemble fort à une église gothique. Les vitraux, réalisés par Henri Dobbelaere en 1868 et dessinés par Louis Hendrickx, représentent des saints qui ont principalement un lien avec Anvers ou avec l’archevêché de l’époque.

Sur les vitraux extérieurs se trouvent les missionnaires qui ont répandu l’évangile de Jésus à Anvers. Au-dessus figurent les armoiries associées à leur lieu de naissance ou à leur origine, en-dessous les armoiries de leur lieu de décès. Sur le vitrail de gauche : saint Eloy, sainte Dymphna et saint Amand.  Sur celui de droite : saint Willibrord, sainte Walburge et saint Norbert. Sur le vitrail central, il y a des témoins de la foi qui à partir de la Flandre, leur propre pays, ont à leur tour propagé la foi chrétienne dans d’autres contrées. Sur ce vitrail ce sont les armoiries de leurs lieux de naissance et de décès qui sont placées en-dessous, alors qu’au-dessus figurent fièrement les armoiries de leur ordre monastique. Au centre se tient le nouveau béatifié Anversois, Ludovicus Flores. Pendant un certain temps, il habite avec ses parents dans la Wolstraat, mais ils émigrent au Mexique via l’Espagne. Entré chez les dominicains, vers 1609, il est envoyé en tant que missionnaire aux Philippines En 1620, Frarijn part pour le Japon, où règne une persécution violente contre les chrétiens. Son navire est capturé par des pirates hollandais qui le livrent aux Japonais. Avec beaucoup d’autres, il meurt le 20 août 1622 près de Nagasaki sur le bûcher. Sur le vitrail, le bois coupé et la palme dans sa main font référence au martyre qui mène à la victoire dans les cieux.

La statue en pierre de Frarijn, de Jan-Baptist De Boeck et Jan-Baptist Van Wint, date également de 1868. Une rue sur la rive gauche porte son nom en hommage à cet Anversois émouvant. Il est flanqué du jésuite saint Jean Berchmans de Diest et du frère mineur de Bruxelles, saint François de Rode, l’un des dix-neuf martyrs de Gorkum (? 1572). Sur le parchemin sont inscrits les noms de ceux qui ont partagé son triste destin. En 1819,  le tableau servant d’épitaphe de la famille Plantin fut placé à cet endroit, approchant au plus près de l’emplacement d’origine qui était dans le déambulatoire.

L’Accès à la sacristie

Anciennement Chapelle de la Circoncision,
Chapelle Saint-Grégoire des savonniers,
Chapelle Saint-Ambroise des maîtres d’école

Cet endroit aussi devait servir de lieu de prière. En 1431 au plus tard, elle abrite la Guilde de la Circoncision et sa précieuse relique de la ville : le prépuce de Jésus (ou ce qui en tenait lieu). C’est peut-être ce qui explique l’une des plus anciennes fresques murales de la cathédrale (première moitié du XVe siècle), la messe légendaire  Saint-Grégoire, dont le vestige le plus frappant est l’Homme de Douleurs, avec son auréole exécutée en relief. Lors de la consécration, le Pape Grégoire a vu le Christ souffrant debout sur l’autel, thème eucharistique fort appréciée à la fin du Moyen-Âge pour souligner que le « Corps du Christ » est véritablement présent dans l’hostie de l’Eucharistie. Un parallèle avec la relique de la circoncision était évident. Grâce à cette relique de la ville, le conseil municipal se sentait également chez lui dans ce lieu, mais déménage déjà vers 1497 et s’installe dans la nouvelle et spacieuse « Chapelle de la Circoncision » (la chapelle Saint-Antoine actuelle). La guilde de la Circoncision et la relique suivront quelque quinze ans plus tard.

Depuis la construction de la sacristie capitulaire en 1482-1487 derrière ce lieu, une porte étroite située à droite y donna accès jusqu’à ce qu’elle soit remplacée en 1736 par une grande porte de style baroque (Cornelis Struyf).  Le but était de favoriser un départ solennel d’une procession. Pour se faire, le Saint-Grégoire en prière a malheureusement dû être décapé pour toujours. La porte médiévale a été à nouveau maçonnée en 2014, fait également regrettable – mais révocable.

En 1497, la chapelle reçoit la Guilde Saint-Grégoire des savonniers qui quittent la chapelle du Vénérable. La présence de l’ancienne peinture de saint Grégoire n’était probablement pas étrangère à ce choix. Dorénavant, l’autel et la chapelle sont désormais connus sous le nom de Saint Grégoire, tandis que les seaux en cuir décoratifs qui ont été appliqués au mur (mais qui sont à nouveau dissimulés sous la peinture blanche), illustrent les activités professionnelles des savonniers. À partir de 1585, la guilde des Enseignants les rejoint ce qui donna rapidement lieu à un nouveau retable triptyque réalisé en commun (par Frans Ier Francken).

Le vitrail, dessiné par Pieter van der Ouderaa et réalisé par August Stalins et Alphonse Janssens en 1881, est un don de la famille Geelhand en mémoire du chanoine Christiaan Geelhand († 1731). Sous les traditionnels saints patrons saint Christian et saint Louis, sa devise est « Animo et Fortitudine » (Animé et Intépide). Le cénotaphe en marbre de l’évêque Ambrosius Capello se trouvait à l’origine dans le chœur.

 Tandis que depuis 1803, l’ancienne sacristie capitulaire fait office de grande sacristie desservant les autels du déambulatoire et surtout le maître-autel (auquel s’ajoute en 1960 l’autel de la croisée) cette ancienne chapelle du déambulatoire est la seule n’ayant pas retrouvé sa fonction d’origine.  Elle  sert exclusivement de passage à la sacristie.

Chapelle Notre-Dame-de-la-Paix

Anciennement Chapelle Sainte-Barbe

Cathédrale d’Anvers – La chapelle Notre-Dame-de-la-Paix (MD)

La porte menant au bâtiment de service a bien été conservée ici. Depuis environ 1487, elle donnait accès à la bibliothèque capitulaire, et probablement depuis 1592 à la salle capitulaire. En 1661, la chapelle fut prise en service par la Fraternité de Sainte-Barbe nouvellement fondée, qui fit imiter le Christ sur la Croix d’Antoon van Dijck (Dendermonde, Église Notre-Dame) pour son autel par Thomas Willebrord-Bosschaert.

Au XIXe siècle, le seul évènement digne de mention est le renouvellement du vitrail en 1891 par l’atelier Stalins-Janssens. Les enfants Gife ont désiré rendre hommage à leur père Eugène Ludovic Gife, qui a dirigé les travaux de restauration de l’église Notre Dame pendant 25 ans, et à sa femme Hendrika Isabella Nuijens. Avec la réalisation de six saints patron en style du XVe siècle en jaune-gris pastel, on chercha à diminuer l’impact de la lumière passant par le vitrail normalement plus coloré sur La Résurrection, le triptyque épitaphe haut en couleur peint par Rubens pour Jan Moretus et Martina Plantin.

La rénovation, avec entre autres le nouvel autel, est offerte par les paroissiens en l’honneur du cinquantième anniversaire du sacerdoce de Mgr Frans Cleynhens, curé démissionnaire de la paroisse de Notre Dame et doyen d’Anvers (1921). Il étend l’hommage rendu à sa personne aux morts de la paroisse pendant la Première Guerre mondiale. Mais lorsque la chapelle fut consacrée, il était malheureusement absent puisqu’il décède en 1922, à peine six mois après sa démission.

Sur le retable de Notre Dame de la Paix (Jozef Janssens, 1924) Marie et l’Enfant trônent dans le chœur de l’église, où le maître autel est représenté dans son état d’autrefois. Devant eux, le roi Albert est agenouillé, en uniforme militaire, tandis que Jésus lui présente le rameau d’olivier symbole de la paix. La reine Elisabeth, qui soigne un simple soldat blessé en uniforme d’infirmière de la Croix-Rouge, même si cela a un certain relent suggestif de propagande guerrière, cette scène évoque combien elle a souvent rendu visite aux militaires blessés et stimulé la popularité de la Croix-Rouge belge. Les deux souverains sont soutenus par leur saint patron, Albert de Louvain et Elisabeth. À la droite de Marie, Mgr Cleynhens jubilaire, à sa gauche le cardinal archevêque Mercier tenant en main sa fameuse lettre pastorale de Noël 1914, dans laquelle il dénonce avec force l’agression allemande, les exécutions arbitraires de civils et la dévastation, et loue en revanche le vrai patriotisme. Sur le trône de marbre, on lit l’invocation ‘Regina Pacis OPN’ (Reine de la Paix, priez pour nous), titre donné à Marie par le Pape Benoît XIV pendant la Première Guerre mondiale. Les cinq petites scènes sur la prédelle donnent une image de la guerre dans tout autant de villes. Anvers est au centre, entouré de villes beaucoup plus touchées par les bombardements allemands. D’est en ouest : Dinant, Leuven, Ieper et Nieuwpoort.

Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de 1920 à Anvers, qui se déroulent en partie dans la cathédrale, le discours du Cardinal Mercier a été fort apprécié par la presse, comme l’a résumé un journaliste : avant 1914, le sport était un moyen de préparer la guerre. […] Mais maintenant, il sert à préparer la paix. […] Elle nous sert d’école sociale, […] elle nous enseigne la maîtrise de soi et la discipline, la chevalerie et la fierté. […] Nous devons être conscients de l’importance sociale du sport, qui non seulement forge nos muscles et nous rend forts, mais aussi nous aide à devenir meilleurs.

La plaque de bronze contre le mur rend hommage à chacun des 45 paroissiens décédés. C’était en réponse au désir explicite du cardinal de continuer à chérir leur sacrifice pour notre liberté. En pensant aux Américains qui sont arrivés à Anvers par bateau – à un jet de pierre d’ici – Monseigneur Mercier a personnellement fait placer une plaque commémorative dans cette église en remerciements vis à vis des Etats-Unis pour l’aide généreuse qu’ils avaient prodigués  pendant la guerre, entre autres en fournissant des vivres. De même que près de l’entrée de cette église, en 1927 – comme dans une trentaine de cathédrales françaises et belges – les Britanniques érigèrent un mémorial en l’honneur des soldats du Commonwealth tombés au front.

Chapelle du Sacré-Cœur-de-Jésus

Anciennement Chapelle Saint-Boniface des tailleurs

Cathédrale d’Anvers – La chapelle du Sacré-Cœur-de-Jésus (UA)

La clé de voûte avec les anges chanteurs remonte au milieu du XVe siècle, mais rien n’est connu des plus anciens utilisateurs de la chapelle. Vers 1630 Artus Wolffort peint L’adoration des Mages pour l’autel de la chapelle Saint-Boniface des tailleurs. Après le régime révolutionnaire français, le tableau est transféré au Musée Royal des Beaux-Arts par le biais du musée de l’académie locale.

En 1825, le curé de la paroisse, plus tard Cardinal Archevêque Engelbert Sterckx, fonda la première confrérie du Sacré-Cœur de Jésus en Belgique. L’autel, dessiné par François Durlet (1844), est la première réalisation néo-gothique de la cathédrale et l’une des premières à Anvers. La statue polychromée du retable du Sacré-Cœur, ajoutée par Frans De Vriendt en 1874, est caractéristique du néo-gothique religieux strictement linéaire et sans âme. C’est un peu excentrique qu’une représentation se focalisant autant sur l’amour infini de Jésus ne montre aucun signe de chaleur. A cette époque, l’art religieux était trop au service des abstractions dogmatiques. Le Christ est flanqué de François de Sales et de Jean, le seul évangéliste qui mentionne que l’eau et le sang jaillissaient des blessures de Jésus quand le cœur fut transpercé (Jn. 19:33).

Sur le mur d’en face, se trouve le tableau L’apparition du Christ à Sainte Marguerite Maria Alaqoque (Corneel Seghers, vers 1844).  En 1673-1675 dans son monastère de Paray-le-Monial, cette religieuse fut témoin d’une apparition du Christ, qui lui fit voir son cœur.

Bien qu’il ne soit visible que comme une blessure du flanc, le cœur transpercé est au centre du vitrail La dévotion au Sacré-Cœur trouve son origine dans la mort de Jésus sur la croix (Edouard Didron, 1872), où une trentaine de saints de tous les temps se tiennent autour de la déploration du Christ mort.